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Pédagogie et formation

Mouvements et évolution des zones chaudes dans un local
- Paru le 17/10/2006
- Déjà lu 8562 fois.

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Cours formateurs flashover - Draguignan (Canjuers-France) 2009
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Matériel bulletArticle: Etablir autrement (I)


Les techniques de lance, les débits et les outils, constituent une part importante de la problématique incendie. Mais il est clair que la tactique d'approche d'une structure est sans doute un point encore plus important, surtout lorsque l'effectif est réduit. Dans ce cadre, le choix et la mise en oeuvre des établissements («dérouler les tuyaux») posent souvent problème. Bien que ce soit l'action de base du sapeur-pompier, le choix de la méthode est dicté par les habitudes, mais rarement par l'efficacité, alors même que ce n'est qu'une opération de transport. Son étude doit donc faire appel à des notions d'ergonomie, en y associant des impératifs d'efficacité et de sécurité, dans le cadre de l'extinction.
Il faut déterminer les besoins, puis tenter de trouver une solution fiable et efficace pour mettre en oeuvre les moyens permettant de répondre à ces besoins. En clair, quels tuyaux, pour quoi faire et comment!

Le choix des tuyaux
Quel que soit le pays, il existe généralement 3 sortes de tuyaux, sachant que nous ne parlons ici que des tuyaux sur lesquels nous connectons des lances à eau, à main.

-Les tuyaux semi-rigides, placés sur des dévidoirs fixés sur les engins incendie. Sortes de gros tuyaux d'arrosage, ces systèmes prennent le nom de booster-line chez les Anglo-Saxon, de HP ou de mitraillette chez les Belges, de LDT chez les Français etc... Généralement leur longueur est de 60 à 80m (parfois moins) et leur diamètre de 20 à 25mm.

-Les tuyaux souples de petit diamètre (40 à 45mm). Disponibles en différentes longueurs (généralement 20m) ils sont connectés entre eux par un système de raccords (demi-raccords, raccords STORZ, raccords filetés etc)

-Les tuyaux souples de gros diamètre, généralement de 70mm. Ils sont également disponibles en longueurs de 20m (généralement) ou de 40m et sont également munis de raccords pour les connecter entre eux.

Par commodité nous parlerons de tuyau de «45» et de «70». Pour choisir les tuyaux à mettre en place, il y a deux manière de voir les choses:
1 - se préoccuper de l'aspect hydraulique
2 - se préoccuper de la facilité de mise en oeuvre

Aspect hydraulique
Un établissement, c'est un système de tuyaux, qui va permettre d'amener de l'eau d'un endroit à l'autre. Rien de plus.
Pourquoi amenez de l'eau? pour la déverser sur une zone chaude. Pourquoi faire? Pour que cette eau monte en température, se vaporise, absorbe une grande quantité d'énergie et refroidisse efficacement cette zone chaude.
Cette zone est généralement un feu, donc une zone qui produit de l'énergie, donc quelque chose de «réactif». Le feu produit de la chaleur, de façon continue. Comme la lumière de l'ampoule électrique: l'énergie va jusqu'à l'ampoule et celle-ci éclaire, mais cette transmission d'électricité est continue. Dés qu'elle s'arrête, la lumière disparaît. Idem pour le feu: il produit l'énergie en continue et la seule solution pour l'arrêter est d'absorber de façon instantanée plus d'énergie qu'il n'en produit ou du moins une quantité suffisante. L'extinction est donc un phénomène quasi-immédiat, qui va nécessiter une absorption d'énergie importante donc l'envoi d'une importante quantité d'eau en peu de temps.

Schématiquement, nous pouvons dire que le débit instantané de la lance va déterminer l'ampleur du feu contre lequel le porte lance pourra lutter ou contre lequel il pourra se protéger. Il existe des modes d'attaques permettant d'utiliser un plus petit débit, mais en cas de problème, un gros débit sera nécessaire.

A ceci s'ajoute le fait que dans un local (cas qui nous préoccupe ici), les feux sont dépendants du comburant (voir article correspondant) et que le combustible est essentiellement gazeux. La propagation est fulgurante et il est matériellement impossible de changer de moyens hydrauliques lorsque le danger survient : soit le porte-lance a la lance qui lui offre le débit permettant de lutter, soit il subira.
Le choix est d'autant plus délicat que le laps de temps durant lequel une telle puissance thermique est imaginable (donc la période de danger) est très court. Sur un feu d'une heure, nous pouvons estimer que la puissance maximale durera tout au plus quelques secondes. Mais sans les moyens hydrauliques suffisants ces secondes seront fatales. Un peu comme lorsque nous roulons en voiture: sur un trajet de 1000km, le temps durant lequel la ceinture de sécurité sera nécessaire sera peut-être nul. Et en cas d'accident, cette durée de «nécessité» de la ceinture ne sera que de quelques secondes. Mais sans la ceinture, ces quelques secondes seront fatales.

Compte tenu de la puissance thermique absorbable par un litre d'eau et de la puissance thermique que peux générer un incendie actuel, dans un local, un débit de 350lpm à 400lpm constitue un minimum en dessous duquel la survie en cas de problème, est impossible (et encore, ceci est pris sur un local de petite surface avec un porte lance particulièrement efficace).
Sachant que les lances montées sur tuyaux semi-rigides sur dévidoirs fixes, permettent d'obtenir au maximum un débit de l'ordre de 100 à 200lpm, il est clair qu'elles sont insuffisantes.
Pour une sécurité maximale, l'idéal serait d'avoir des lances montées sur des tuyaux de 70, qui, de part leur diamètre, réduisent fortement les pertes de charges et permettraient ainsi d'obtenir des débits instantanés importants. Mais la maniabilité pose problème, compte tenu du poids de ces tuyaux une fois remplis d'eau. D'un point de vue hydraulique (capacité d'extinction et protection du personnel,) les tuyaux souples de «45» offrent donc un bon compromis.

Facilité de mise en oeuvre
A l'arrivée sur les lieux, la première idée qui vient à l'esprit est de mettre en place, le plus rapidement possible, des moyens permettant de verser de l'eau sur le feu. A ce petit jeu, ce sont les lances sur tuyaux semi-rigides qui ont la préférence car elles sont (ou du moins, elles semblent) plus rapides à installer. Ayant pris plus ou moins conscience de leurs limites, certains pays les ont réglementairement interdites (cas de la France) pour les feux de locaux. Elles continuent néanmoins à être utilisées à cause d'une ambiguïtés entre «local» et «structure» (voir plus bas) et restent les lances «de bases» dans de nombreux autres pays.
Mais deux points sont à prendre en compte :
1 - Ce n'est pas la durée de mise en oeuvre qui importe, mais la différence de durée de mise en oeuvre entre des lances offrant des débits différents. S'il faut 2 minutes pour mettre en oeuvre une lance offrant 150lpm et 3 minutes pour mettre en oeuvre une lance débitant 500lpm, cela ne fait qu'une minute d'écart. Or il est généralement estimé qu'un feu que l'on ventile, double de puissance toute les minutes. Avec une lance à 150lpm, nous n'avons pas droit à l'erreur et quelques secondes de trop vont laisser le feu développer une puissance supérieure à ce que la lance peut traiter. Par contre, même en mettant 1 minute de plus pour obtenir 500lpm, la marge en terme de débit compense largement cette minute supplémentaire.
2 - La comparaison, en matière de facilité, se fait entre un système sur dévidoir, très simple et fréquemment utilisé (grande habitude) et des tuyaux souples, mis en oeuvre avec des méthodes qui ont rarement été optimisées (tuyaux roulés simples ou doubles). Si nous voulons véritablement comparer les durées d'établissements et la facilité, nous devons commencer par optimiser les deux manières de faire pour ensuite les comparer objectivement.

Un point de vue «commandement»
Au-delà d'un aspect «thermique - hydraulique», le choix met aussi le commandement face à ses responsabilités. Prenons une suite de qualificatifs et voyons s'ils sont plus adaptés aux tuyaux semi-rigides ou aux tuyaux de «45».

Type Avantages
Lance sur tuyaux semi-rigides
  • Facilité de mise en oeuvre
  • Facilité de rangement
  • Vitesse de mise en oeuvre
  • Apprentissage limité
  • Facilité de nettoyage
Lance sur tuyaux souples, de 45mm
  • Débit pour l'extinction
  • Débit pour la protection

A priori, l'avantage va aux tuyaux semi-rigides. Pourtant la mission du sapeur-pompier consiste à éteindre le plus vite possible donc à déverser le plus d'eau sur le feu en un minimum de temps, tout en assurant sa sécurité. Or force est de constater que ces deux paramètres (extinction et protection) sont en faveur du «45» et pas du semi rigide (HP, LDT...). Le fait que le tuyau soit plus facile à ranger ou non, n'a pas à être pris en compte: le choix porte sur l'efficacité et la sécurité, pas sur une soit-disant facilité de rangement ou de nettoyage. En cas d'accident, difficile d'imaginer qu'un Juge puisse accepter comme excuse pour la mise en oeuvre de moyens hydrauliques notoirement insuffisants, le fait que ceux-ci étaient plus «faciles à ranger»!
Même si la mise en place d'un établissement offrant un fort débit n'est justifiée que dans le cadre d'un danger et uniquement pour sauver une vie, c'est un argument largement suffisant pour justifier l'abandon des autres moyens hydrauliques, à trop faible débit.

Organisation du Travail - Ergonomie
Sans rentrer dans des considérations de type OST (Organisaton Scientifique du Travail), il est néanmoins nécessaire d'analyser les gestes, postures et déplacements réalisés lors de la mise en oeuvre des tuyaux. Si l'employeur a intérêt à ce que ses ouvriers travaillent vite, bien et sans accident, il en est de même pour le Chef d'Agrès: plus son équipage exécutera rapidement et correctement les ordres données, plus la mission aura des chances de réussir. Cette exécution ne doit pas être trop fatigante: si après avoir déroulé 2 tuyaux, les intervenants sont essoufflés, ils consommeront beaucoup d'air et ne seront plus aussi performants. Le but est de travailler dans des conditions optimales de sécurité, avec une vitesse et une efficacité maximale mais aussi avec une fatigue minimale et un risque d'accident minime.
Les choix ergonomiques ont un impact majeur sur de nombreux éléments: fatigué, cassé par des opérations durant lesquels le manque de gestion et d'analyse des gestes, l'oblige à forcer, le sapeur-pompier sera tenté de faire les déblais sans tenue de feu, de grimper sur le toit sans s'attacher, de retirer ses gants pour rouler les tuyaux etc.. Progressivement, le niveau de sécurité diminuera tandis que les accidents augmenteront.

Mettre en place quelque chose d'un endroit à un autre, qu'il s'agisse d'un tuyau d'incendie, d'un tuyau d'arrosage ou d'une rallonge électrique, participe de la même logique. Il existe 4 modes de déplacements:

Déplacement sans rien porter. L'individu se déplace d'un point à l'autre, sans rien porter. Il retourne au robinet pour ouvrir, à l'interrupteur pour allumer. La fatigue dépend de la distance à parcourir mais augmente assez peu avec cette distance puisque rien n'est porté. Nous appellerons cette action «Déplacer».

Déplacement avec transport. L'individu porte des objets d'un endroit à un autre. C'est le transport des tuyaux. La fatigue est dépendante de la distance à parcourir. Elle augmente aussi en fonction du poids et de la facilité de portage. Nous appellerons cette action «Transporter». Quelques nuances : si le portage se fait de façon dissymétrique (deux tuyaux portés à droite par exemple), il sera plus fatiguant que s'il se fait de façon symétrique (un tuyau sur l'épaule droite, un sur la gauche). A ceci s'ajoute l'équilibre. Le mouvement des bras est souvent utilisé pour se «rattraper» lorsque l'on trébuche: on tend le bras dans un sens ou dans l'autre pour ré-équilibrer le corps et en cas de chute, les mains sont mises en avant de façon réflexe. Si le portage occupe les mains, il devient difficile de se ré-équilibrer et les chutes seront plus graves.

Déplacement en tirant. Le tuyau d'arrosage est sur un emplacement fixe et le jardinier tire dessus pour aller au bout du jardin. Pour le sapeur-pompier, c'est la mise en oeuvre d'un tuyau sur dévidoir fixe (donc la HP, la LDT, les booster lines...). La fatigue augmente avec la distance, mais son augmentation est importante : plus la distance augmente, plus l'effort à fournir est grand car le tuyau tombe par terre et le frottement augmente de plus en plus. A ceci s'ajoute le fait que les obstacle sont rapidement pénalisant: serpenter entre des objets, monter un escalier devient vite pénible du fait de cette augmentation de poids et de frottement. Sur ce mode de mise en place, le début de l'action est rapide, mais cette action se ralentit rapidement. Nous nommerons cette action «Tirer».

Déplacement en déposant. Très courant dans les pays Nord Américains. Consiste à transporter et à déposer au fur et à mesure du déplacement. C'est ce qui se passe lorsque nous nous déplaçons avec la rallonge électrique sur un petit dévidoir et que nous déroulons le fils tout en nous déplaçant. Pour les tuyaux incendie, c'est ce qui se passe lorsque l'on utilise une caisse ou des tuyaux en écheveaux (voir plus bas). Nous nommerons cette action «Déposer».

De toutes évidences, le système le plus fatigant c'est le «Tirer». Il faut donc l'éviter surtout pour des tuyaux «en eau». Pour les autres, ils vont en partie dépendre du sens d'établissement, qui dépend des habitudes. Ainsi en France il est traditionnel d'établir du feu vers l'eau alors qu'en Suisse, c'est l'inverse!

Local et structure
Si établir consiste à placer un tuyau d'un endroit à une autre, encore faut-il déterminer avec précision ces deux endroits. Pour la source, c'est assez simple : c'est l'engin ou la division, donc le point d'eau. Pour la destination, c'est moins évident. Dans de nombreux cas, il y a confusion entre la notion de «local» et la notion de «structure». Nous parlons de «feux de locaux», ce qui tend à faire croire que le point à partir duquel l'action va commencer, c'est la porte du local en feu (la chambre par exemple). Or, toutes les analyses d'accident démontrent que ceux-ci ne surviennent pas à cet endroit, mais bien avant. Le danger commence dés qu'il y a un plafond («Plafond = Attention !»). Dans une maison individuelle, ce sera donc la porte d'entrée (celle qui donne «sur la rue») qui sera le point de départ de la zone de danger. Pour un feu d'appartement, en étage, les choses sérieuses commenceront un demi-étage sous l'étage auquel se trouve l'appartement impliqué. C'est pour cette raison que nous préférons parler de feux dans une structure plutôt que de feux de locaux. Les moyens hydrauliques devront être installés, mis en eau et vérifiés à la porte la maison (si nous prenons le cas d'une maison individuelle). A partir de cet endroit, nous ne seront plus en «établissement» mais en «progression», opération faisant l'objet d'une méthode différente (voir l'article sur ce sujet). La vitesse et le mode d'établissement ne vont donc concerner que la portion qui sépare le point d'eau de ce point de début de progression. Réduire la longueur de progression en allongeant l'établissement, (en installant les tuyaux dans les couloirs de l'habitation ou en courant dans ces couloirs, par exemple) pour se rapprocher de la pièce en feu, est une solution extrêmement dangereuse !
Le mode d'établissement n'a donc pas d'influence sur la progression. Dans notre cas, et afin de ne plus avoir d'ambiguïté, nous ne parlerons donc plus de «point d'attaque» mais de «point de progression», nommant ainsi le point à partir duquel commencera la progression, avec moyens hydrauliques actifs.

Les différents méthodes
Il n'existe pas de solution miracle. L'idéal est sans doute d'utiliser plusieurs méthodes, et de choisir suivant les circonstances. Nous allons voir trois solutions :

  • Le dévidoir fixe
  • Les systèmes avec tuyaux en écheveaux, tirés à partir du camion.
  • Les systèmes avec portage (caisse, sac, tuyaux sur épaule...)

Le dévidoir de 45
C'est une solution qui utilise le matériel existant et ne change pas les habitudes. Dans le cas des engins incendie avec deux lances à tuyaux semi-rigides, sur dévidoir (booster line, HP, LDT) il suffit de retirer les tuyaux d'un des dévidoirs et de mettre à la place des tuyaux de 45 pré-connectés. La lance est également pré-connectées. Les 10 derniers mètres (donc juste à la lance) peuvent êtres pliés sous forme d'un petit écheveaux, maintenu par un velcro ou un caoutchouc. Ainsi, en tirant la lance, le porte lance emmène avec lui une réserve. Cette solution est très adaptée aux établissements de plein pied.
A gauche un engin incendie sur lequel un dévidoir existant a été chargé avec des tuyaux de 45, permettant au personnel de profiter de l'enroulage automatique (Montigny-les-Metz - France). A droite, un engin modifié. Un dévidoir a été ajouté dans le coffre latéral arrière droit (Ottange - France) . Un trou a été réalisé à l'arrière, pour permettre le passage du tuyau. Un peu de bricolage, mais la preuve que quand on veut, on peut !

Les écheveaux tirés à partir du camion
C'est une solution qui fonctionne aussi bien pour des tuyaux de 45 que pour la mise en oeuvre des tuyaux de 70, donc les établissements entre le camion et la division, ou entre le poteau (ou borne) incendie et l'engin. Les tuyaux sont rangés en couches, superposés ou juxtaposés. Les longueurs sont reliées entre elles. Généralement on prend plusieurs épaisseurs d'un coup, et on tire. Une solution, parfois observée aux USA, consiste à tirer une certaine longueur, à la connecter, puis à faire avancer le camion. Cette solution est intéressante lorsque la prise d'eau (poteau, borne) est éloignée et que l'engin incendie passe devant. Ce système n'est pas possible avec tous les engins, sauf à réorganiser ceux-ci, ce qui n'est pas toujours évident. En tout cas, c'est une solution très simple pour la mise en oeuvre des tuyaux de 70 et en tout cas beaucoup moins fatigante que les tuyaux roulés.

Les systèmes portés : sur l'épaule, sacs, paniers et caisses
Dans ces méthodes, le sapeur-pompier transporte les tuyaux et les dépose au fur et à mesure de son déplacement. Ce sont les solutions les plus rapides et les plus efficaces, d'autant plus qu'elles sont utilisables quelque soit la configuration du terrain : les obstacles, les escaliers, les dénivellations ne présentent aucun problème. Nous constatons que dans la quasi-totalité des systèmes portés, les tuyaux sont rangés en écheveaux, c'est à dire pliés sur eux-mêmes. Il faut en effet un système de rangement qui va maintenir les tuyaux et en même temps permettre de les déposer tout en se déplaçant. Or, les tuyaux «roulés» ne le permettent pas.

Les écheveaux épaulés. Les tuyaux, pliés sur eux-mêmes en écheveaux, sont transportés sur l'une ou les deux épaules. Ils sont rangés dans des coffres, ou sur le parc-choc du véhicule. Lorsque l'on plie les tuyaux, ils sont retenus entre eux soit par un velcro, soit par un caoutchouc (morceau de chambre à air par exemple). Il est également possible de transporter ces tuyaux avec des sangles que l'on passe sur l'épaule.
Pour déposer les tuyaux, il suffit de les raccorder puis d'avancer : ils seront alors déposés au fur et à mesure du déplacement.

A gauche, tuyaux en écheveaux avec systéme de sangle avec velcro, pour portage à l'épaule. A droite, écheveaux simples à porter sur les épaules. Les tuyaux sont retenus par de simples caoutchoucs, découpés dans des chambres à air.
A gauche, tuyaux en écheveaux sur le parc-choc d'un engin incendie (Canada). A droite, mode d'établissement pour les bâtiments à étages: écheveaux et sac pour le matériel complémentaire (Mons - Belgique).

Le sac d'attaque. C'est une solution qui a été essayée à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris, mais qui est en passe d'être abandonnée entre autres à cause de la détérioration des sacs. Le sac d'attaque comprenait 3 longueurs de tuyaux de 45, une lance et quelques accessoires. Dans le sac, les tuyaux sont rangés en écheveaux. Rendu au point de dépôt, l'un des hommes ouvrait le sac sortait la lance, une longueur de tuyau puis repartait, en tirant le sac, vers la division. Le sac frottait donc sur le sol, ce qui en diminuait fortement la durée de vie. Autre inconvénient, le sac avec les trois tuyaux était plutôt lourd. Dans le cadre d'une unité incendie comme la Brigade, la nécessité d'avoir une excellente condition physique ne posait pas de problème, mais sur de nombreux autres secteurs, cela peut constituer une difficulté. A noter que le sac peut se porter à deux, mais qu'il n'a jamais été utilisé pour porter autre chose que des tuyaux de 45, le poids des tuyaux de 70 ne permettant pas d'utiliser ce système pour les transporter.

Paniers métalliques. Utilisé en Suède, ce principe consiste à placer les tuyaux là encore, pliés en écheveaux, dans des sortes de paniers métalliques, verticaux. Il suffit de se déplacer avec le panier pour que le tuyau se déroule progressivement. Avantage ? Le rangement. Inconvénient ? il faut des paniers métalliques ! de plus ce système semble limité aux tuyaux de 45 car sinon cela devient trop lourd et la charge n'est pas répartie.

Caisses. La solution des caisses est, avec les tuyaux en écheveaux sur épaule, la solution sans doute la plus efficace. Elle consiste à prendre des caisses en plastique et à y ranger des tuyaux, pré-connectés, en petits écheveaux placés les uns sur les autres. Il est possible de faire des caisses avec des tuyaux de 45, des tuyaux de 70, un mélange des deux etc... toutes les combinaisons sont possibles.

Pour le rangement, pas besoin de modifier l'aménagement des engins. Ranger un peu mieux les accessoires permet souvent de gagner assez de place pour ranger au minimum une ou deux caisses. Le transport se fait à deux, avec une bonne répartition des charges et comme les caisses existent en toutes tailles, il est possible d'en faire des petites (60m de tuyaux de 45) jusqu'à de très grosses (100m de 70 par exemple) avec tous les variantes possibles.

Ci-contre, rangement de tuyaux de 45 dans une caisse (St Ghislain - Belgique)

Quelques exemples
Voici quelques exemples de mise en oeuvre. Il est bien sûr possible d'en trouver d'autres, mais à chaque fois une petite étude «au tableau» permettra de faire une petite analyse préalable, plus efficace qu'un grand nombre d'essais, pas toujours concluants, mais toujours fatigants. Le point commun, c'est que ces types d'établissement nécessitent du personnel en nombre réduit. Dans le cas d'un personnel présent en nombre plus important, cela permet de mettre en oeuvre plusieurs actions simultanées. Ceci étant, il y a de nombreux pays dans lesquels, sur les petits secteurs, les départs à 4, voir à 3 sont fréquents. Avec ces méthodes, même en cas de sous-effectif, les intervenants bénéficieront de moyens hydrauliques puissants.

Exemple 1: Plein pied sans obstacle - Dévidoir de 45
120 m de tuyaux, la dernière longueur est en écheveau, connecté au reste. La lance est également pré-connectée. Le porte lance prend le petit écheveau (qui sert donc de «réserve») et la lance, puis part au point de progression. L'équipier tire sur le tuyau jusqu'au raccord, prend celui-ci et suit le porte lance. Le conducteur aide en tirant sur le tuyau (donc fait tourner le dévidoir). Lorsque le binôme est au point de progression, le conducteur continue à dérouler jusqu'au prochain raccord, déconnecte celui-ci, le branche sur sa pompe et met en eau.

Exemple 2 - Eau vers feu - Caisse avec du 45
Lorsque le point de départ de la progression est évident à définir, il est possible d'établir du sens eau vers feu. C'est le cas lorsque l'habitation a une seule porte d'entrée par exemple. Dans ce cas le binôme sort la caisse du coffre de l'engin, donne le raccord au conducteur et part au point de progression. Pendant ce temps le conducteur branche le raccord à sa pompe et se dirige vers le point de progression. Lorsque le binôme est rendu à ce point, le porte lance vide la caisse, garde (ou non) toutes les longueurs pour sa réserve, et connecte sa lance. Son équipier retourne vers l'engin pour indiquer au conducteur qu'il peut mettre en eau. Dans l'immense majorité des cas, ce trajet de retour vers l'engin sera limité, puisque le conducteur viendra à la rencontre de l'équipier. Ce système fonctionne avec une équipe de 3 hommes. Dans le cas d'une équipe de 4, l'officier qui a accompagné le binôme va revenir vers l'engin pour donner l'ordre d'alimentation. Et en cas de moyens radios, même pas la peine de se déplacer ! C'est ce type d'établissement qui a été utilisé dans la course «HP - 45» (voir plus bas)

Exemple 3 - Feu vers eau - Caisse avec du 45
Dans le cas ou le point de progression n'est pas visible, les choses sont un peu différentes. L'idéal est de partir à trois vers ce point «supposé». Avec une équipe de 3, le conducteur et l'équipier prennent la caisse, le porte lance prend la lance. Rendu au point de progression, l'équipier dépose par exemple 2 longueurs de 45 prises dans la caisse (il suffit d'attraper les premières «couches» de tuyaux). Pendant que le porte lance étale ces tuyaux et branche sa lance, le conducteur et l'équipier retournent à l'engin en portant la caisse, donc en déroulant. A noter qu'au bout de quelques dizaines de mètres, le conducteur pourra continuer tout seul. L'expérience a été faite à St Ghislain (Belgique), ou un sapeur-pompier a déroulé le contenu quasi complet d'une caisse, en la tenant juste par une poignée et en la tirant, en trottinant ! Bien sûr, si l'équipe est d'au moins 4 hommes, c'est l'officier qui va monter au point de progression et pas le conducteur.

Exemple 4 - Une lance sur division
En mixant les modes d'établissement, il est possible de réaliser des combinaisons très efficaces. Par exemple pour un feu d'appartement au 3éme étage, avec une équipe de seulement trois hommes. Le conducteur et l'équipier prennent une caisse avec des tuyaux de 70 et une division, le porte lance prend deux longueurs de 45 en écheveaux sur l'épaule et une lance. Les trois hommes montent dans les étages. Rendu sous le niveau en feu, dépôt de la division, le conducteur retourne à l'engin et ouvre l'eau. Pendant ce temps le chef déploie ces tuyaux de 45, connecte la lance, puis la division est ouverte.

Le système de caisse peut également remplacer le «dévidoir Français» (que l'on tire) dans le cadre des alimentations d'engin avec des longueurs de 70 pour relier l'engin pompe avec le point d'eau (borne ou poteau incendie). Il est même possible de mettre deux types de tuyaux différents dans une seule et même caisse : des longueurs de 70 d'un côté, une petite cloison et de l'autre des longueurs de 45. Sur le dessus, une lance et une division. Au départ le binôme met donc en place les longueurs de 70, connecte la division, pour ensuite finir l'établissement avec du 45.

Course HP - 45
Afin de vérifier la rapidité de mise en oeuvre des tuyaux de 45 en caisse de nombreuses courses ont été réalisées. L'une d'elles a été filmée.
Elle s'est déroulée mi-2007, sur le plateau technique de l'Ecole du Feu de Jurbise (Belgique). Des stagiaires, du centre de secours de Tournai, se sont prêté au jeu : mise en place d'un établissement sur 50m, en ligne droite, sans obstacle. D'un côté, deux sapeurs-pompiers de Tournai avec leur conducteur à l'arrière. De l'autre deux formateurs «flashover» de l'école avec un autre conducteur. Le personnel réalisant l'établissement était en tenue de feu complète, avec ARI sur le dos etc...
De gauche à droite et de haut en bas. Image 1 : L'équipe caisse est en retard. Il a fallu sortir la caisse du coffre, prendre le raccord et le donner au conducteur. L'autre équipe est déjà partie avec la lance HP. Image 2 : 1 seconde après l'équipe caisse commence à partir. Image 3 : 5 secondes après l'image 2, l'équipe caisse est déjà loin. L'équipe «HP» n'apparaît pas encore ( ?!). Image 4 : 8 secondes après avoir donné le raccord, l'équipe caisse est presque au point d'arrosage. L'équipe «HP» semble sérieusement ralentir. Image 5 : 27 secondes après avoir donné le raccord, l'équipe «caisse» est en train d'arroser, avec un débit de 500lpm. L'équipe «HP» n'est pas encore en place. Image 6 : cela fait environ 5 secondes que l'équipe «caisse» arrose, à 500lpm. Il y a déjà eu 40 litres d'eau d'envoyés sur le feu, alors que l'équipe «HP», épuisée, n'est toujours pas en place.

Une autre course a été réalisée en Décembre 2007, lors d'un exercice à la caserne de Saint Ghislain (Belgique). Pour cette course, il fallait partir de l'engin incendie, entrer dans le garage, passer autour d'un autre engin incendie, ressortir et arroser. L'équipe qui établissait le tuyau de 45 en caisse n'avait jamais utilisé un tel type d'établissement alors que l'autre équipe était bien entraînée à la mise en place de la HP, lance couramment utilisée dans ce pays. Dés le départ, et comme à l'habitude, l'équipe avec la HP a pris de l'avance, d'autant plus que la HP en se déroulant, gênait l'autre équipe. L'équipe avec la caisse est donc partie alors que la HP était déroulée sur plus d'une dizaine de mètres. Au bout de quelques pas, l'équipe à la caisse a perdu sa lance: normalement le porte lance devait la prendre à la main, ce qu'il a oublié de faire, n'ayant pas l'habitude. La lance est donc tombée et le binôme a continué quelques mètres. Lorsqu'ils se sont rendu compte de la perte de lance, le porte lance a continué tout seul avec la caisse, tandis que son équipier revenait sur ces pas pour chercher la lance. Avec de tels «ennuis», il semblait difficile de croire que la HP allait perdre la course. C'est pourtant ce qui s'est passé: le porte lance avec la caisse a été rejoint vers la fin par son équipier et ils ont fini en trottinant, tandis que l'équipe avec la HP se battait avec le tuyau pour le faire suivre. A l'arrivée, les deux équipes avaient de l'eau en même temps. Mais l'équipe avec la caisse disposait de 500lpm et les hommes étaient «frais et dispo», tandis que l'équipe à la HP débitait 150lpm et que les deux hommes étaient tellement essoufflés qu'ils ne pouvaient même plus parler...

Face à un feu, en équipe réduite
Force de l'habitude (mettre toujours en place une lance sur tuyau semi-rigide) et manque de connaissances techniques mettent les équipes réduites en difficultés face aux incendies de locaux. Généralement ceux-ci sont très fumigènes. Lorsqu'ils ne le sont plus vraiment, c'est que les flammes sortent déjà par les fenêtres. Incapables de comparer la puissance thermique potentielle avec la capacité d'absorption des lances dont ils disposent, les intervenants, en nombre réduit, se contentent alors de mettre en oeuvre des lances à petit débit, d'arroser par les fenêtres et d'attendre les renforts. N'atteignant que maladroitement le feu, avec peu d'eau, ils laissent involontairement l'incendie progresser et lorsque les renforts arrivent, ce n'est plus que pour déverser des milliers de litres d'eau sur un feu qui n'est plus gérable que de l'extérieur et qui de toutes façons va mourir tout seul, faute de combustible.

Sur la photo de droite, les flammes sortent par la fenêtre. La pièce est entièrement embrasée et les flammes sortent par la porte, dans une autre pièce, qui donne dehors. En arrivant sur place à 3 ou 4, c'est l'attente qui sera la solution généralement choisie avec un arrosage par l'extérieur. Dans le cas présent (exercice feu réel à Mouscron - Belgique), c'est la mise en oeuvre d'une lance de 45 et une attaque rapide qui a été choisie, en utilisant les méthodes de passage de porte, de progression etc...

Durée totale de l'opération : 1min et 15 secondes (15 secondes pour le passage de porte depuis l'extérieur, 10 secondes de progression, 50 secondes d'attaque) avec une consommation totale d'eau d'environ 60 litres. Lors du déblais, il a été noté que le plafond s'était fortement dégradé. Sans une action offensive rapide, dans les 2 à 3 minutes suivantes le feu se serait propagé à l'étage, rendant la pénétration très hasardeuse. Les fumées chaudes auraient propagé le feu dans les parties supérieures et à l'arrivée des renforts, la toiture aurait certainement été fortement atteinte.

Note : le document «Eau et feu» explique le calcule de la puissance thermique absorbable par les lances et ramène cette puissance au volume des locaux puis à leur surface en se basant sur des hauteurs de plafonds habituelles (2,40 à 2,50m). Une lance offrant un débit de 500lpm permet de lutter contre un feu impliquant totalement une pièce d'environ 40m2, ce calcul étant fait en prenant la puissance maximale du feu, ce qui est rarement le cas. Il est donc clair que dans la très grande majorité des cas, c'est l'attaque rapide et puissante qui doit primer et pas une «figuration».

Conclusion
Un peu d'imagination, un peu de réflexion, et il devient possible de trouver des solutions plus rapides, plus simples et moins pénibles, permettant d'avoir en toutes occasions des moyens hydrauliques puissants, aptes à assurer la sécurité du personnel engagé, avec une attaque rapide et efficace. Dans l'immense majorité des cas, et sauf à se retrouver face à des surfaces en feu de plusieurs centaines de m2 sur plusieurs étages, la mise en oeuvre de tels moyens permet d'arrêter le feu avant qu'il ne prenne trop d'ampleur. Attaquez, vite et fort !

Bibliographie
"Estimation of Rate of Heat Release by Means of Oxygen Consumption Measurements" par C. Huggett (1980)
"The Relation of Oxygen to the Heat of Combustion of Organic Compounds" par W.Thornton (1917)

Crédits Photos
Sapeur-Pompiers de Mouscron, Mons, St Ghislan, Rezé, Montigny-les-Metz, Ottange, Paris, Ecole du Feu de Jurbise.


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